Weval

Weval est un groupe hollandais de musique électronique originaire du milieu du cinéma. Ils se sont formés en 2010 et nous livrent depuis cette date à travers moult projets leurs variations au grain si particulier. 

Nous avons eu la chance de les rencontrer à l’occasion de leur concert à la Cigale le 11 Avril dernier, pour  la sortie de leur deuxième album « The Weight » sorti en Mars dernier. Les deux cracks nous parlent de leur créativité, la manière dont ils composent ou encore de leurs influences. On vous laisse avec un podcast à écouter dans votre fauteuil les pieds en éventail ainsi qu’une interview écrite plus complète pour les plus curieux d’entre vous.

Belle écoute sur Radio 17bis 🎶

TRACKLIST :

–  Wewal – The Weight

– Weval – Detian

– 10CC – I’m not in love

– Black Sabbath – Planet caravan

– Shuggie Otis – Strawberry Letter 23

 

 

Voici l’interview dans son intégralité et traduite :

– En regardant les différentes analyses de votre dernier album, on dit souvent de ce projet qu’il est doté d’une facilité d’écoute sans pour autant manquer d’une grande subtilité ? C’est quoi le truc ?

HARM : Nous passons un temps assez long dans la composition des morceaux, ce n’est peut être pas la meilleure manière de faire ,mais cela peut même prendre 1 an avant d’en finir un. On doit le réécouter mille fois.  Au début cela part d’une idée forte, avec plein de distorsions par exemple , puis nous essayons différentes combinaisons , après cela ne nous plaît plus on se débarrasse du projet, puis on le reprend pour y rajouter d’autres ambiances.

C’est peut être de là que l’on arrive à avoir plein de facettes différentes tout en arrivant à tirer quelque chose de sympa à écouter. Parce que si on doit le réécouter mille fois, ça doit au moins être agréable à l’écoute.

 

– Par conséquent vous pensez qu’il faut un état d’esprit précis ans lequel doit être l’auditeur afin de saisir complètement l’entièreté de votre travail ? Vous avez des conseils à donner pour ceux qui vous écoutent ?

MERIJN  : On fait de la musique pour que celui qui l’écoute puisse l’apprécier dans toutes circonstances, dans le train ou en vélo par exemple. L’état d’esprit dans lequel est l’auditeur importe peu au final. Après il est vrai que c’est sympa s’il est concentré sur la musique, mais sinon nous n’avons pas forcément de conseils à donner.

 

– Vous avez choisi dans votre processus de création de vous couper des influences extérieures , est ce que c’est un choix forcé pour créer votre propre identité musicale ?

HARM : Une journée banale se passe de cette manière : nous arrivons à midi au studio, et nous devons composer pendant au moins sept heures pour commencer à aimer ce que nous faisons. Le but était de rechercher plein d’idées sans être super critique avec nous-mêmes. Généralement nous ne sommes pas très contents des résultats sur le moment, mais après le dîner on se rend compte que ce qu’on a enregistré n’est pas si mal. C’est une sorte de schéma que l’on a répété pendant un an et demi.

 

– On peut en déduire que votre secret réside dans ce pattern que vous vous êtes imposé ?

HARM : Chacun a évidemment sa manière de faire pour générer de la créativité, on n’y pensait pas. On venait au studio la tête légère et on testait plein de choses. Nous étions moins critiques, c’était plus amusant, on s’est vraiment centrés sur la recherche.  Ce n’est pas dur de faire une mélodie ou un beat mais composer quelque chose que tu aimes vraiment est bien plus dur.

 

  Lorsqu’on regarde la description que fait votre label Kompakt de vous, il y est dit que vous avez utilisé énormément d’instruments concrets ainsi que vos propres voix pour les samples de chants. C’est encore une manière de montrer votre identité ?

MERIJN : On voulait effectivement savoir comment enregistrer de la batterie pour retrouver une sonorité 60’ ou 70’. On a aussi essayé de chanter sur les pistes (rires), c’était totalement nouveau, on était mort de peur à l’idée de chanter sur le premier album (Weval, sorti en 2016, ndlr). Harm a essayé quelques fois et on s’est dit qu’on ne le referait plus jamais.

HARM : Non vraiment jamais !

MERIJN : Puis des amis à nous ont dit a Harm qu’il pouvait le faire. On s’est senti plus en confiance et je pense que c’était l’aspect plus important. Si je prends mon exemple, j’ai toujours eu peur de chanter, même sous la douche (rires). Mais un jour Harm m’a dit « Allez mec essaye et fuck it we’ll see ». Je pense que la confiance a un rôle très important dans le processus de création.

 

– C’est donc la confiance le secret ?

HARM : Oui et c’est aussi savoir se laisser aller ! Quand nous composons notre musique on se sent comme sur un terrain de jeu. Nous avons étudié le cinéma et nous n’avions quasiment aucune référence, on s’amusait juste avec des jouets ! Avec la musique nous n’avons pas de frontières, en tout cas nous n’en avons pas ressenties pour cet album. On s’est senti libres, on s’amusait autant avec des synthés hors de prix qu’avec certains qui valaient des bouchées de pain. De vrais gosses.

 

– On peut donc le dire, votre musique est la transcription de vos émotions ; vous avez besoin d’accorder votre humeur avec l’identité, l’ambiance du morceau que vous faites afin d’en tirer le meilleur ?

HARM: Quand on commence un projet on ne sait jamais quelle ambiance il va y avoir à l’avance. Parfois le point de départ est une mélodie ou un beat mais la plupart du temps tout se fait en même temps. De toute façon au bout d’un moment la musique vous donne des indications de son côté, il commence à y avoir une certaine vibe et une direction se profile! Mais si vous faites une démo et que vous la réécoutez le lendemain, il faut s’obliger à l’aimer parce que sinon la direction ne vient pas. Si tu n’aimes pas les snares tu peux les changer mais si tu n’aimes pas le morceau tu n’aimeras aucunes snares que tu essayeras.

MERIJN : L’entrain et l’optimisme doivent être de mise, sinon rien ne ressort de ce que tu produis, il faut donc boire beaucoup de café au studio (rires).

 

– Donc si vous n’êtes pas positifs, vous êtes pas productifs ?

HARM : Exactement, si nous ne sommes pas dans un bon jour, nous allons composer pendant quelques heures pour voir si cet état d’esprit change, si rien ne bouge autant répondre à des emails (rires).

 

– David Wrench (ingénieur du son qui a, entre autre, travaillé avec The XX ou encore Frank Ocean) a eu l’occasion de collaborer avec vous sur cette album en tant qu’ingénieur du son, qu’est ce qu’il a pu vous apporter ? 

MERIJN  : Lorsqu’on a fini le morceau «The Weight » , on en était très contents. Généralement nous faisons tout le mix nous-mêmes, mais il restait cette chanson à faire alors on s’est dit, « Allons-y, pour celle-ci on donne le mix a quelqu’un d’autre ». Normalement nous y passons des heures, alors on s’est dit que quelqu’un pourrait peut être nous aider. David Wrench a fait du super travail, le morceau sonnait bien partout. Mais il n’a fait que celui-ci, nous avons quand même passé un temps pas possible dans le mix, on fait quelques erreurs mais nous sommes contents.

HARM: C’est vrai, et prendre quelqu’un pour ce mix a été super interessant, nous avons pu beaucoup apprendre de cela.

 

– Dans ce sens, comment gérez-vous les influences extérieures sur votre travail ? Quelles sont vos relations avec votre label Kompakt par exemple ?

HARM : On aime beaucoup travailler avec plein de personnes différentes, même sur scène nous travaillons avec un groupe maintenant.  On se sent comme une vraie équipe que ce soit dans la compositions ou les sessions lives. Ca reste aussi assez compliqué car nous sommes des « control freaks » (ndlr : obsédé du contrôle), mais nous apprenons de tout ça pour mieux soigner nos collaborations.

 

– Comment retranscrivez-vous votre identité durant les sessions live ? Vous avez dit que vous jouiez maintenant avec un groupe , c’est une manière de montrer la nouvelle portée instrumentale de votre album ?

HARM: La raison principale pour laquelle nous nous représentons à cinq sur scène est musicale. Nous aimons beaucoup le jeu de réactions entre les différents musiciens, c’est nouveau pour nous de jouer avec d’autres personnes mais c’est une super sensation. Nous voulons apprendre à être de vrais musiciens plutôt que de juste jouer avec nos souris et nos claviers. Et il faut avouer que c’est sympa de prendre la route avec des amis pour les concerts. Il y a un vrai aspect social aussi.

MERIJN : YES. (rires)

 

– Du coup vous avez des préférences de lieu pour vos sessions live ? Vous préférez l’atmosphère des clubs où vous avez eu l’occasion de beaucoup jouer ? Ou celle des grands concerts comme le Paléo festival où vous êtes annoncés cet été ?

MERIJN: Il est évident que chaque lieu a son charme, jouer en club sera toujours super pour nous car cela permet tellement de liberté, et puis nous aimons les deux danser. Mais nous aimons beaucoup jouer en groupe dans des salles telles que La Cigale, il y a un public plus concentré sur notre musique. Concernant les festivals c’est vraiment différent; nous avons souvent le droit qu’à une heure, les gens peuvent bouger de scènes en scènes donc nous devons être plus rapides dans l’enchainement de nos morceaux alors que d’ordinaire nous les construisons très lentement.

HARM: Ce que nous aimons maintenant c’est lorsque nous jouons avec le groupe au complet. On s’est levé à 5 heure ce matin pour être ici à La Cigale, nous avons travaillé toute la journée pour le concert de ce soir. Nous adorons ça on y met beaucoup de coeur. Je pense que c’est cela qui fait la différence avec le club, où tu peux arriver très tard, mettre en place en vitesse ton matériel et rentrer à l’hôtel. Un concert dans une grande salle demande bien plus d’efforts.

MERIJN : Pourquoi on aime ça déjà ? (rires)

 

Vous pensez que c’est votre rencontre qui a déclenché votre envie de faire de la musique votre métier ? C’est une des raisons de votre succès ?

HARM : Je pense que nous avons deux manières de voir cela. Nous avons des goûts totalement différents, les miens sont plus inspirés de la Pop, Merijn trouve mes idées toujours très ennuyantes (rires), je pense que j’ai une sensibilité plus expérimentale. Nous n’avons jamais eu de plan précis concernant notre carrière, on s’est retrouvé et on a trouvé que notre relation catalysait nos idées musicales. Nous sommes très contents du résultats je pense.

MERIJN: « I AGREE. » (rires)

 

– Dernière question, vous vous considérez comme proches de la tendance concernant la musique électronique, s’il y en a une ?

MERIJN : Je ne sais pas si l’on peut définir une tendance de la musique électronique…

HARM: C’est assez dur de catégoriser les artistes de cette branche car il y a tellement de choses qui se produisent dans le monde. Si vous regardez nos antécédents, nous pourrions autant faire partie de la sphère techno que d’autres catégories, nous nous contentons juste d’aller au studio et de faire ce qui nous amuse le plus. Pour moi cela s’apparente plus à une jungle, un flot continu de musique sur lequel il est très dur de mettre des appellations.

 

Merci à Weval pour cette interview et à La Mission de nous avoir permis de les rencontrer!

Pour écouter les morceaux de Weval ou les voir en live, n’hésitez pas à le suivre sur les réseaux @wevalmusic ou @weval_