Underground System

Underground System c’est un groupe qui a vu le jour en 2010 à Brooklyn, ses 7 membres ont fait le pari de mélanger autant d’influences que possible pour participer activement à la déconstruction. Enfants spirituels de Fela Kuti, ils veulent oeuvrer pour que les systèmes de pouvoirs oppressifs qui hiérarchisent les différences de sexe, de race et de classe disparaissent.

Leur musique est un cocktail unique à base d’afrobeat, de disco, de funk et de punk, de house, de new wave et de chant en italien, espagnol et anglais. Tous ces ingrédients ont une essence commune : le groove ! Après un premier EP, The B.O.B. sorti en 2011 et un second Bella Ciao sorti en 2014, le groupe a enfin signé un album début septembre 2018 sur Soul Clap Records intitulé What Are You.

De passage en France pour jouer début Décembre aux Transmusicales de Rennes, Underground System est venu au studio de 17bis pour une rencontre ! En plus de la sélection habituelle dans l’invité de la semaine vous allez donc entendre une interview du groupe.

Belle écoute sur Radio 17bis 🎶

L’interview étant en anglais, vous trouverez ci-dessous une traduction :

Bonjour à tous, pouvez-vous vous présenter ?

PM– Bonjour, je suis Peter, Peter Mason du groupe Underground System.

DF- Et je suis Domenica Fossati du groupe Underground System.

Vous avez sorti votre premier album début Septembre, combien de temps avez vous travaillé dessus ? Pourriez-vous décrire votre processus créatif ?

DF- C’est notre premier LP, on a fait deux autres EP. Ça nous a pris quelques années pour écrire, enregistrer et tout terminer. Pour notre façon de travailler, la plupart du temps Peter aime faire des beats et des instrus, on se les envoie ou on se retrouve pour faire des démos en commençant par improviser dessus. Ensuite on trouve des idées de mélodies, de paroles et de rythmes. Du moins c’était comme ça qu’on fonctionnait par le passé. Maintenant on commence par jouer tous ensemble simultanément et on écrit les chansons en même temps avec quelque chose de pré-enregistré.

PM- Oui, un peu dans comme le style des musiques électroniques, du Hip Hop ou du Beatmaking. On prend un son de batterie ou de basse puis on développe des mélodies et des idées de chansons. Des fois on a une référence spécifique, un style précis qu’on veut essayer.

DF- Oui, on l’apporte au reste du groupe et une fois qu’on leur a présenté cette démo, ils apportent leurs propres idées et sons.

Vous avez tourné aux États-Unis. Est-ce que c’est votre premier concert en dehors des États-Unis ?

DF- Oui, c’est notre première fois en Europe en tant que groupe. Peter et moi sommes venus l’été dernier en France mais c’était pour des DJ sets.

PM- Oui, on a mixé quelques fois.

Où exactment ?

DF- Au Mellotron et aussi à Sètes pendant le festival.

PM- Oui, c’est un festival de musiques du monde, on a fait un DJset d’ouverture pour les concerts de Seun Kuti et Roy Ayers. Mais c’est notre première fois avec tout le groupe, 7 personnes sur scène…

DF- C’est fou ! C’est drôle et c’est fou !

Qu’est-ce que vous préférez : le studio ou la scène ?

DF- C’est une question difficile. J’aime les deux, parce que j’aime le processus de création et faire des disques, quand on faisait ces sessions d’enregistrement on a développé cette musique et ce son qui est devenu ce truc pour lequel on est vraiment bons. Donc ça, j’adore parce que tu apprends vraiment à connaître ta musique. Mais une fois que tu fais la musique, tu l’emmènes sur la scène et c’est un tout autre monde, c’est grand.

PM- On a appris à jouer en faisant des live, donc ce sont nos racines de jouer des concerts, d’être dans un groupe. Le studio c’est bien car tu réfléchis sur ton esthétique et ce que tu essayes de dire, sur ton but.

DF- Et le développer.

Votre nom de groupe est un clin d’oeil au papa de l’afrobeat Fela Kuti. Qui d’autre vous inspire ? Musicalement, spirituellement ou philosophiquement ?

DF- On écoute beaucoup la scène dance underground new-yorkaise, on aime LCD Soundsystem, ESG, Ecstasy à l’époque. Personnellement j’écoute beaucoup de musique électronique latino comme Bomba Estéreo, on est aussi amis avec Ibibio (ndlr : Ibibio Sound Machine), tous des groupes très différents par lesquels on est inspirés. Peter a aussi pas mal de ses influences personnelles.

PM- Oui, j’apporte mes propres influences à la table. C’est tout à fait ça même si on s’est concentrés sur le fait de jouer de l’afrobeat et de parfaire cet apprentissage pendant nos premières années, on est à New York et je commençais faire du Djing et à jouer plein de styles de musique donc toutes ces influences sont arrivées… oui vraiment la musique dance de New York mélangée avec les formes classiques de l’afrobeat et ses idées.

Et spirituellement ? Une figure que vous aimez ?

DF- Je suis très inspirée par la scène, à New York la scène musicale est incroyable et je suis fière d’être amie avec des gens que j’admire, qui ont une présence sur scène incroyable, j’aime Fela Kuti parce que je regarde des vidéos de ses performances, il dirige la scène très bien, et je pense que des artistes comme ça… comme James Brown, d’ailleurs pendant notre première tournée on regardait des vidéos de lui et c’était au tout début du groupe et je me disais wow je veux vraiment encourager et maintenir ce type d’énergie sur scène. Chaque artiste qui amène une vrai présence au public et lui permet de ne pas seulement profiter de sa musique en regardant mais de se sentir libre de bouger, c’est l’art que j’aime. Pour moi c’est quelque chose de spirituel à voir et à laquelle je veux faire partie. Ça ne réponds pas vraiment à la question, mais ça y répond.

Oui, ça y répond totalement. « What are you » c’est le titre de votre album. Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?

DF- Ça veut dire beaucoup de choses. En tant que groupe, parce que nous croisons beaucoup de genres, c’est une réflexion du genres “vous êtes quoi ? on ne peut pas vous mettre d’étiquette ?”. Personnellement, mes origines, mes racines ethniques, mon bagage culturel acquis en voyageant, sont une autre chose. En fait, de nombreuses fois cette question “t’es quoi?” – et pas “Quelle est ton ethnicité ?” ou “D’où tu viens ?” – m’est posée et c’est une drôle de question… “et bien je suis un être humain de la planète Terre qui vit à New York” ! C’est une question bizarre donc c’est un genre de commentaire là-dessus. Et on a pris ce nom spécifiquement car une fois, alors qu’on jouait dans ce lieu appelé Rockwood à New York, il y avait une fille ivre qui me criait dessus pendant que je parlais. Elle ignorait complètement le du fait que j’étais en pleine performance, en train d’essayer de créer du lien avec le public, et criait “mais t’es quoi ?” et mon amie à fait une blague dessus en disait quelque chose de faux mais la façon dont c’est arrivé m’a vraiment marqué.

Est-ce que vous pensez que la musique peut aider à faire changer les mentalités ?

DF- Tu veux dire quelque chose à ce sujet ?

PM- Oui. On dirait qu’il y a eu cette époque – celle de nos parents – où c’était ancré massivement dans la culture activiste et politique. Honnêtement je pense que ça a été un peu une illusion entretenue par les médias et la façon dont ils fonctionnent dans notre société. Il y a plein d’autres moyens d’expression pour l’activisme et la transmission de messages politiques. Nous sommes très connectés à cela, ça vient de nos influences. Il est évident qu’en étant à fond dans la musique de Fela, tu ne peux pas ne pas comprendre le message qu’il essayait de faire passer à des moments précis… que je n’ai pas vécu du tout… mais c’est fait dans une dynamique tellement visible que tu connectes avec ça et tu vois ces tensions de notre société. Oui la musique est toujours un outil pour les critiques sociale, culturelle et politique mais il y en a d’autres.

DF- Tous les arts en sont. Si tu es un artiste pour les bonnes raisons, tu peux t’exprimer musicalement. Si tu as cet outil pour atteindre une large audience et que tu as un message précis en tête alors la musique peut faire la différence dans ce sens, elle peut vraiment sensibiliser les gens et changer des choses. Pour revenir à Fela, c’était un grand activiste politique. Néanmoins, avec l’afrobeat il s’agit en majorité d’hommes qui sont sur le devant de la scène avec ce truc de pouvoir très dominant donc quand on a commencé à jouer on s’est rendu compte que notre critique sociale était davantage que les femmes peuvent faire la même chose, exprimer leur propre voix et dominer la scène bien que ce genre musical soit très orienté sur le masculin. Pour moi personnellement ce n’est pas toujours une question de politique mais une question lié au genre et la façon dont notre époque bouge, avec l’année de la femme…

La construction sociale plus que politique, d’accord. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur la playlist que vous avez préparé ?

PM- C’était assez direct, dix titres c’est peu à mon esprit, donc on a mis quelques un de nos titres en les liant avec nos goûts actuels et nos influences…

DF- Oui, c’est un peu électronique et dance…

PM- Sauf Gilberta Gill qui est très posé…

DF- Oui on s’est dit pourquoi pas ! Ce sont juste quelques influences de différents endroits du monde qui sont modernes et utilisent peut êtres des racines afrobeat, différents langages et différents styles. Un peu comme le son qu’on aime mettre en place pendant nos live, en utilisant la musiques de différentes personnes.

Vous chantez dans combien de langues ?

DF- Je chante dans trois langues, l’album est principalement en anglais mais je chante aussi en Italien et en Espagnol.

Jamais en français ?

DF- Non jamais…

PM- Pas encore !

DF- Pas encore. Mais je vous le dit je vais apprendre cette langue… et je vais peut être traduire quelques paroles de l’italien au français pour les Transmusicales !

Cool, le public devrait apprécier…

DF- Oui ahah !

PM- Elle va prendre des cours à new York. On adore la France, on adore cette ville c’est génial !

TRACKLIST
Gilberto Gil – Toda Menina Baiana
Oumou Sangaré & Tony Allen – Yere Faga (Natureboy Flako version)
Lizzy Mercier Descloux – Room Mate
Underground System – Rent Party
Tony Allen – The Same Blood (NIT remix)
Underground System – Just a Place
Mac Gregor – Nan Ye Likan
Brian Eno & David Byrne – The Jezebel Spirit
Underground System – Go
Underground System – Bella Ciao

Merci à Underground System d’être venu jusqu’aux studios de Radio 17bis ! N’hésitez pas à écouter leur album et à les suivre sur les réseaux @underground_bk sur Twitter et @undergroundsystembk sur Facebook.